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Essaouira la Blanche, une ville typiquement marocaine


Essaouira s'élève sur une presqu'île, sans cesse balayée par les vents alizés. Avec ses remparts maritimes à la Vauban, sa médina aux plans rectilignes et aux ruelles étroites, son incomparable lumière, son climat tempéré tout au long de l'année, et ses femmes drapées dans des haïks blancs, Essaouira la Blanche est une étape de charme où vous trouverez le temps d'un week-end la sérénité et l'envie de revenir.

 

 

 

 

Dès le VIIIème siècle avant J.-C, le site fut fréquenté par les Phéniciens. Une poterie, retrouvée et signée du nom de l’amiral carthaginois Magon, atteste de la présence des Carthaginois autour de la cité vers 630 avant J.-C. Au 1er siècle de notre ère, les îles d’Essaouira devinrent célèbres dans tout le monde romain grâce à leurs ateliers de fabrication de la pourpre.

C’est à partir du murex, mollusque sécréteur de pourpre, que l’on obtenait alors le rouge impérial destiné exclusivement à la teinture des toges des empereurs. C’est à la pourpre que les îles Purpuraires voisines d’Essaouira tiennent leur nom. A partir du Xème siècle, la ville fut baptisée Amogdul (le bien gardé), du nom du saint patron berbère de la cité, Sidi Mogdul.

Dans le port d’Amogdul transitaient toutes les marchandises produites dans la province du Souss et dans tout le sud marocain.
Dès le XVème siècle, les Portugais à qui les avantages naturels de la baie n’avaient pas échappés, firent de la cité une de leurs étapes commerciales. Ils déformèrent son nom en Mogdoura, transformé par les Espagnols en Mogadour, puis enfin par les Français en Mogador.

A partir du XVIème siècle, les Portugais s’installèrent en masse à Mogador et encouragèrent l’exploitation de la canne à sucre dans la région.
En 1764, le sultan alaouite Sidi Mohammed Ben Abdallah décida d’installer à Mogador une nouvelle ville pour développer le commerce international et pour punir Agadir, ville frondeuse qui avait engagé une lutte ouverte avec le pouvoir et monopolisait le commerce européen.

Il signa de nombreux traités de paix et commerce avec les nations européennes et avec l’Amérique naissante. Pour mener à bien son projet, il chargea l’ingénieur français Théodore Cornut, d’établir le plan de la nouvelle ville. L’Avignonnais, qui avait été employé par Louis XV à la construction des fortifications du Roussillon, travailla trois ans à édifier le port et la kasbah.

Avec ses remparts à la Vauban, ses rues rectilignes et d’une largeur inaccoutumée, Mogador fut alors rebaptisée Essaouira, « la bien dessinée » et devint la seule cité de l’ancien Maroc à bénéficier d’un plan d’urbanisme. Pour peupler sa ville, le sultan ordonna aux consuls européens établis à Salé et à Agadir de s’installer dans la nouvelle cité.

Il fit également venir les familles les plus riches du royaume. La ville connut une formidable prospérité grâce à l’importante communauté juive. On y compta jusqu’à 17 000 juifs pour à peine 10 000 musulmans.
La bourgeoisie marocaine accourait y acheter des bijoux. Le commerce y était florissant. La plupart des juifs partirent après la guerre des Six Jours. Essaouira rassembla de tout temps les tribus des différentes communautés qui peuplent aujourd’hui le Maroc.

Les Haha, berbéro-phones du Sud côtoyèrent les Chiadma, arabophones du Nord, ainsi que les Gnaouas, ces descendants de Noirs originaires du Soudan, du Sénégal, de Guinée, anciens esclaves employés dans les plantations et les fabriques de sucre.
Dès 1780, une douzaine de maisons de commerces regroupèrent près d’un millier d’Européens. Essaouira assurait alors 40% des échanges maritimes du Maroc.

Le déclin commença avec la colonisation française et le développement des ports de Casablanca, Tanger et Agadir. Handicapée par ses eaux peu profondes et ne pouvant pas recevoir les gros bateaux modernes, la ville se tourna vers la pêche avec succès.
Dans les années soixante, Essaouira devint le lieu de prédilection des hippies du monde entier et des véliplanchistes. Les courants et les vents dominants en font un lieu idéal pour la pratique de la planche à voile.


Essaouira est aujourd’hui le chef-lieu d’une province de 500 000 personnes, pour la plupart agriculteurs. La ville est unie par une opération de coopération avec Saint-Malo, sous l’égide de l’Unesco. C’est l’endroit rêvé pour ceux qui veulent décompresser, avoir des contacts avec la population et flâner dans une médina authentique. Espérons seulement que le charme intemporel d’Essaouira saura résister à l’engouement que suscite actuellement la cité.

En effet, un site situé à quelques kilomètres au nord a été retenu dans le cadre du plan Azur, pour le développement d’une infrastructure d’accueil de touristes à haut pouvoir d’achat. Des projets prévoyant un front de mer, un casino, une plage privée, sont également à l’ordre du jour.

 

Le port de pêche d’Essaouira

C’est un des lieux les plus animés de la ville, surtout au retour des bateaux où le poisson est alors vendu à la criée sous une nuée de mouettes.
Sur les quais transformés en chantiers navals, vous y verrez construire des bateaux tout en bois comme on n’en construit plus guère ailleurs.
Les chalutiers bâtis selon des techniques ancestrales sont fabriqués avec du bois de teck et d’eucalyptus.
Les petites embarcations des pêcheurs aux couleurs vives forment un tableau digne d’une carte postale.
La porte de la Marine fut construite en 1769 sur ordre du sultan Moulay Abdallah, pour relier le port à la médina. La skala du port, longue plate-forme qui pointe ses canons de bronze vers la mer a servi de décor à Othello d’Orson Welles. Le film présenté au Festival de Cannes en 1952, reçut la Palme d’or. La vue sur les îles Purpuraires et la plage est superbe.

 

La skala de la kasbah

L’étroite rue de la skala longe les remparts maritimes, et conduits, après un passage sous voûte, à la skala de la ville.
Les fortifications de la skala protégeaient la ville contre les attaques venues du large. Immense terrasse de deux cents mètres de long bordée de créneaux dans lesquels sont encore braqués des canons en bronze (pièces espagnoles de la fin du XVIIème siècle), la perspective de cette skala est impressionnante.
C’est de la terrasse du bastion Nord que vous aurez la meilleure vue sur l’ouvrage fortifié relié au loin par la skala du port, l’enfilade des îlots rocheux et la côte du cap Sim. Au pied de la skala, les anciennes casemates voûtées abritent les ateliers d’ébénisterie et de marqueterie en bois de thuya.

 

La médina d’Essaouira

La place Moulay Hassan marque la frontière entre le port et la médina. C’est la plus vivante des places de la ville. Vous pourrez y prendre un verre entre deux ballades, les terrasses de cafés y sont nombreuses.
A partir de là, vous découvrirez un réseau de petites ruelles. Perdez-vous dans leur lacis entre les hauts murs blancs des maisons aux fenêtres bleues.
Comme à Chaouen, la peinture bleue est utilisée pour chasser les mouches.
Admirez au passage les magnifiques portes de certaines maisons.

 

Le musée Sidi Mohammed-ben-Abdellah

Installé dans un ancien ryad, transformé en mairie sous le protectorat, le musée est consacré aux coutumes et traditions artisanales ou artistiques de la région. Il rassemble divers instruments de musique utilisés lors des fêtes des confréries religieuses ou des mariages et circoncisions, des poteries, des tapis tissés par les femmes des tribus Chiadma, des meubles en marqueterie, et des bijoux juifs et arabes qui autrefois ont fait la renommée des artisans créateurs de la ville.

 

L’ancien Mellah

La rue Mohammed Zerktouni qui traverse le quartier juif situé au nord de la ville, est la plus pittoresque du mellah. Elle est bordée d’un marché qui s’étend jusqu’à Bab Doukkala.
En 1990, 40% de la population d’Essaouira vivait dans le mellah. Le quartier de la communauté juive abritait alors d’innombrables bijouteries. Hélas ce quartier a sévèrement subi les outrages du temps et de nombreuses maisons tombent en ruine. L’ensemble donne une désagréable impression de désolation. Sous l’impulsion d’André Azoulay, un projet de restauration du quartier est en cours.

 

L’église d’Essaouira

Essaouira est la seule ville du Maroc qui possède une église dont les cloches sonnent le dimanche pour annoncer la messe de dix heures. Cette ville a une longue tradition de tolérance, musulmans, juifs et chrétiens y cohabitèrent harmonieusement pendant des siècles.

 

La plage d’Essaouira

Avec ses dix kilomètres de sable fin balayés par le vent, la plage d’Essaouira est spectaculaire. Ceci dit, il vous faudra être courageux pour vous baigner, le vent froid de l’Atlantique soufflant très fort. Pour les surfeurs et les véliplanchistes, en revanche, ce vent est une véritable aubaine.

 

La marqueterie d’Essaouira

La grande spécialité d’Essaouira reste l’ébénisterie et la marqueterie en arar ou thuya de Barbarie. Les loupes d’arar, une fois polies, donnent des surfaces chatoyantes d’un très bel effet.
La forêt d’Essaouira, riche d’essences rares, telles que le thuya et l’arganier, possède 100 000 hectares de thuya.
Les marqueteurs incrustent la loupe de thuya de citronnier, de noyer, d’ébène, de nacre, de fils de cuivre ou d’argent. Tracés au crayon puis gravés au ciseau, les motifs sont très fins.
Le travail des marqueteurs est réputé depuis l’Antiquité. Selon Cicéron, les tables magnifiquement travaillées fabriquées à Essaouira étaient déjà très prisées. Arabesques et décors géométriques ornent les tables basses, les meubles et les coffrets de toutes tailles et de toutes formes. L’odeur caractéristique du thuya ainsi que ses couleurs en font un bois unique.

 

Les îles d’Essaouira

Au large d’Essaouira, les Iles Purpuraires abritent une réserve ornithologique peuplée de goélands et de faucons d’Eléonore mais ne se visitent pas.

L’île Mogador et l’îlot voisin ont été habités durant toute l’Antiquité par les marchands méditerranéens : Grecs, Chypriotes, Phéniciens, Carthaginois et surtout Romains y ont laissé des traces. Sur l’île de Mogador subsistent les ruines de la grande prison bâtie à la fin du XIXème siècle par le sultan Moulay-el-Hassan. C’est également sur cette île qu’au premier siècle avant Jésus-Christ, le roi de Maurétanie, Juba II, installa une fabrique de pourpre.

 

Les environs : la plage de Sidi Kaouki et Diabat

Cette longue plage située à vingt-sept kilomètres d’Essaouira est un véritable paradis pour surfeurs et véliplanchistes confirmés tant le vent et les courants sont violents. Inutile de vouloir s’y poser pour bronzer ou même y nager car c’est dangereux.

A défaut de défier les vagues, vous pourrez faire une longue et belle ballade sur la plage bordée d’arganiers et de thuyas. Sur la plage battue par les vagues se dresse le marabout avec sa coupole sous laquelle est enterré le saint Sidi Kaouki.
Selon la légende, les personnes qui séjournent ici sont venues dans l’espoir de trouver la solution à un problème. Une autre coutume du pays berbère « Haha » veut que l’on emmène les petits garçons, à qui l’on doit faire leur première coupe de cheveux, à l’ombre du marabout. C’est une façon d’assurer sur leur tête la baraka.
Diabat, petit village au minaret blanc, très prisé des hippies à la fin des années soixante est surtout réputé pour le marabout de Sidi Mogdoul, objet d’un grand moussem annuel.
Non loin de la plage, un sentier conduit aux ruines du palais Dar Soltane, ancienne résidence du sultan Mohammed ben Abdallah. Ce palais ensablé inspira à Jimmy Hendrix sa chanson « Castels made of Sand ».


Quelques bons conseils

N’oubliez pas votre petite laine, car les soirées sont fraîches et ventées à Essaouira, même en été.
Si vous voulez assister au Festival de musique gnaoua qui a lieu en juin, ne réservez pas votre hôtel au dernier moment.
Goûter les spécialités souiries : congre aux raisins secs et aux oignons, salade à l’huile d’argan.
Ne quittez pas Essaouira sans déguster le poisson grillé proposé dans les petites gargotes du port. Sardines, pageots, espadons, soles, poulpes, crevettes, araignées de mer... viennent directement du port et sont grillés sur de petits barbecues. Mettez-vous d’accord sur le prix dès la commande et comptez 50 dirhams par personne.
Si vous n’êtes jamais monté sur un dromadaire, vous pourrez le faire à la Maison du chameau qui organise des promenades d’une heure et des randonnées de plusieurs jours. Comptez 120 dirhams l’heure.
Ramenez de l’huile d’argan car l’arganier prolifère dans l’arrière-pays d’Essaouira.

 

Quelques bonnes adresses

Villa Maroc : Incontournable, c’est la doyenne des maisons d’hôtes au Maroc. La Villa Maroc est composée de trois maisons souiries contiguës du XVÏÏIème siècle restaurées avec le meilleur goût à l’aide de l’artisanat local. Les chambres et les suites ouvrent sur un beau patio intérieur. Un dédale d’escaliers, de couloirs, de galeries aux harmonies bleues et vertes tranche sur la blancheur écarlate des murs. Des terrasses, la vue sur la mer est exceptionnelle. Divine cuisine marocaine (menu à 160 dirhams). Comptez de 1200 à 1500 dirhams en demi-pension. 10, rue Abdellah-ben-Yassine - Tél. : 044 47 61 47

Si vous aimez le mauve, choisissez la Casa Lila. Cette maison d’hôtes située à quelques minutes de Bab Marrakech est un ancien ryad ayant appartenu à un riche marchand d’épices rénové par un couple de français dans une symphonie de mauve et rose. Les neufs chambres et la suite sont habillées de lin, coton et sabra. Deux terrasses et un patio invitent à la détente et au farniente. Une cuisine du sud est servie par un personnel compétent. Chambres avec petit déjeuner de 450 à 1500 dirhams. 94, rue Mohammed El Qorry - Tél. : 044 44 65 65

Hôtel des Iles : Les chambres récemment rénovées donnent soit sur le front de mer, soit sur la piscine autour de laquelle sont répartis des bungalows disposant chacun d’une petite terrasse et d’un parking. Ameublement de styles années 50. Comptez 880 dirhams pour une double avec petit déjeuner. Quant aux cinéphiles, pour 2500 dirhams ils auront accès à la suite Orson Welles ! Avenue Mohammed V -Tél. : 044 78 46 20/21

Hôtel Ryad Mogador : 137 chambres confortables et 16 suites climatisées, réparties dans plusieurs résidences autour d’un grand jardin. Petit déjeuner buffet. Piscine, hammam et salle de remise en forme. Comptez 924 dirhams pour une chambre double avec petit déjeuner et 2124 dirhams pour une suite.
Route de Marrakech - Tél. : 044 78 35 55

Si vous voulez essayer les spécialités souiries, rendez-vous au Restaurant Beldi. Les menus à 45 et 55 dirhams font la part belle aux spécialités locales. -6, rue Ibn-Toumert, Tél. : 044 47 67 12

Allez faire un tour à la galerie-café-resto Taros. La terrasse offre une vue imprenable sur le port et les salons-bibliothèques sont propices à une pause lecture. 2, rue de la Sqala, Tél. : 044 47 64 07


Comment y aller ?

La RAM (Royal Air Maroc) a mis en place une liaison Casablanca-Essaouira, départ le vendredi soir, retour le dimanche soir, à partir de 770 dirhams A/R.

 

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